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samedi 31 mai 2008

une grenouille sans poumon


« Honnêtement, j'étais vraiment persuadé qu'il s'agissait d'une légende… », avoue le redécouvreur de la grenouille sans poumon. David Bickford, de l'Université de Singapour, poursuit : « Du coup, quand je suis tombé sur ces grenouilles aquatiques, j'en ai immédiatement attrapé une et je l'ai disséqué, là, sur le terrain, en plein milieu de la jungle de Bornéo. » Le tout pour se rendre à cette évidence : dans les entrailles de cet amphibien, en lieu et place des poumons, il n'y a rien. Pas la moindre trace d'un organe pulmonaire. Loin d'être anecdotique, cette trouvaille clôt une quête lancée il y a 30 ans par Djoko Iskandar, un collègue de David Bickford.En 1978, le zoologiste indonésien trouve sur l'île de Bornéo, dans la région du Kalimantan, une grenouille molle, brune, plate et dépourvue de poumon. Il la baptise Barbourula kalimantanensis. En 1995, un nouvel individu est découvert, puis plus rien. Jusqu'à l'été dernier, en août 2007, où Djoko Iskandar et David Bickford observent, non pas un spécimen, mais deux populations entières de Barbourula kalimantanensis. De quoi confirmer l'existence de l'espèce et observer – enfin – le comportement de ces grenouilles en milieu naturel. Des résultats qui ont fait l'objet d'une publication dans la revue Current Biology en mai 2008.

Une adaptation à l'eau vive

Les spécimens de B. kalimentanensis ont été découverts au fond de rapides drainant une eau aussi froide (14-16°C) que vive. De fait, elles évoluent dans un milieu bien oxygéné. Si oxygéné même que, d'après des études préliminaires, elles absorberaient tout l'oxygène nécessaire à leur survie par la peau. « Ce mode de respiration semble suffire car elles ont un métabolisme très bas », commente David Bickford. Mais de là à expliquer une disparition totale des poumons... Les chercheurs font alors l'hypothèse suivante : posséder un sac rempli d'air dans le corps quand on vit sous l'eau pourrait être très désavantageux d'un point de vue évolutif. Résultat : au cours du temps, les grenouilles ayant des poumons plus petits aurait mieux survécu que les autres ; de fil en aiguille, ce scénario aurait conduit à une régression totale des poumons et « à l'émergence d'une grenouille hautement adaptée à son environnement. Cette idée ne tient néanmoins que si cette espèce a subi de très fortes pressions de sélection. »



Une évolution à contre-courant

Quoi qu'il en soit, la disparition des poumons constitue, en elle-même, un petit demi-tour évolutif non dénué d'intérêt. Car, dans l'histoire de l'évolution, c'est en partie grâce à l'apparition de la respiration pulmonaire que les tétrapodes* – amphibiens en tête – sont parvenus à conquérir la terre ferme. Cette régression, aussi curieuse que rarissime, n'a été pour l'heure observée que chez les seuls amphibiens - deux familles de salamandres et une espèce de gymnophiones. B. kalimentanensis est l'unique grenouille présentant cette adaptation. « Il semble très probable que ces régressions pulmonaires soient apparues de façon indépendante chez les salamandres, les grenouilles et les gymnophiones. Ceci laisse à penser que les poumons pourraient être un trait malléable chez les amphibiens ».

* Tétrapodes : tous les vertébrés à l'exception des poissons.

Sans poumon et sans avenir ?

Mais pour confirmer toutes ces théories, encore faudrait-il avoir le temps d'étudier les pressions de sélection qui ont mené à la disparition des poumons chez B. kalimentanensis. A peine découverte, la grenouille que les chercheurs présentent comme « aussi jolie qu'un bulldog » est d'ores et déjà menacée d'extinction. La faute à l'installation sauvage de mines d'or au cœur de Bornéo. Ces exploitations illégales changent l'eau claire des rivières en une sorte de soupe chaude, turbide et donc faiblement oxygénée. Une modification à laquelle B. kalimentanensis a, selon les chercheurs, peu de chances de survivre.

Source:cite-sciences.fr/

dimanche 25 mai 2008

Pour s’adapter au climat, les mésanges pondent plus tôt pour s'adapter au climat!


On entend souvent que les changements climatiques menacent d’extinction de
nombreuses espèces. Pourtant, une étude publiée récemment dans Science (1),
reposant sur un demi-siècle de données récoltées dans une population anglaise
de mésanges charbonnières, montre que ces oiseaux font preuve d’une
étonnante capacité d’adaptation aux augmentations de température. Ils ajustent
chaque année leur date de reproduction en fonction de la chaleur printanière.
Anne Charmantier, chercheur CNRS à Montpellier, a participé à cette étude. Elle
nous explique comment les mésanges ont avancé leurs dates de ponte en
moyenne de 14 jours ces 40 dernières années.

« Le défi que les mésanges doivent relever est de pondre leurs nichées au moment le plus
opportun pour que la période de nourrissage de leurs poussins coïncide avec la période
d’abondance de leur nourriture principale, les chenilles, explique Anne Charmantier du
Centre d’Ecologie Fonctionnelle de Montpellier (2). En utilisant des relevés sur 47 années
(1961-2007), nous avons montré, avec mes collègues de l’Université d’Oxford, que durant
cette période, les mésanges ont avancé leurs dates de ponte en moyenne de 14 jours. Ces
14 jours correspondent à l’avancement de la présence des chenilles dans les bois. »
Grâce à l’identification individuelle par baguage des mésanges charbonnières nichant dans
le bois de Wytham, près de la ville d’Oxford, sur près de 10 000 événements de
reproduction, les chercheurs ont pu mettre en évidence que cette adaptation est le fait
d’ajustements individuels et non pas de microévolution. Etonnamment, la population
semble présenter peu de variations dans cette plasticité : toutes les femelles montrent de
manière homogène une certaine capacité d’avancement de leur date de ponte lors des
années plus chaudes.
Cette adaptation fine du comportement a permis à la population de mésanges de Wytham
un ajustement en temps réel aux augmentations importantes de température, et par là
même, de conserver une très bonne croissance, les effectifs de mésanges ayant d’ailleurs
doublé dans l’intervalle de cette étude. Ces résultats forment un contraste surprenant avec
une étude précédente dans une population néerlandaise de mésanges charbonnières. Aux
Pays-Bas, la plasticité est très variable entre les femelles, et dans l’ensemble ne permet
pas une bonne synchronisation de la reproduction des mésanges avec leur nourriture. Les
effectifs sont en baisse. L’origine de ces différences dans l’adaptabilité du comportement
pourrait résider dans les indices (tels que la température) qu’utilisent les mésanges pour
synchroniser leur reproduction avec leur environnement. Les chercheurs envisagent
notamment d’étendre cette étude à d’autres populations européennes pour comprendre
l’origine de ces indices « corrects » (comme à Wytham) ou « trompeurs » (comme aux
Pays-Bas).
(1)
Adaptive Phenotypic Plasticity in Response to Climate Change in a Wild Bird Population, Charmantier et al,
Science 09/05/08.
(2)
Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive : CEFE (CNRS-UM1-UM2-UM3-Sup’Agro-EPHE-CIRAD).